Le mot Scénographie. Une vision...
En italien, Scenografo, désigne celui qui dessine la scène de Théâtre.
Le décorateur, celui qui met en perspectives.
C’est l’un des plus beau mot, tant il entend définir celui qui dessine l’Espace, l’Espace des Possibles, le Lieu, le lieu de l’action, la Scène, « le Lieu pour que cela ait lieu ».
Il contient non seulement l’idée de la vision du lieu, mais l’idée d’une vision dramaturgique de l’espace, mais surtout d’un lieu des relations.
Au delà du dessinateur, il y a le visionnaire. Le scénographe est à l’intersection des mots et des images, du sens et de la forme, du visible et de l’invisible. En ce sens, il est un artiste intermédiaire.
A l’origine, il définit la scène qui va permettre la relation entre le metteur en scène, l’acteur et le lieu, entre le lieu de la scène et la vision de ce que le spectateur, le public en perçoit.
La scénographie est une histoire d’entre deux, de ce qui se passe « entre et entre », de ce qui se joue, de ce qui est en jeu.
C’est un "en jeux" relationnel.
Une expérience qui mêle le corps et l’esprit.
La scénographie donne à voir non seulement ce qui est visible, mais surtout ce qui est invisible, les pleins comme les vides, les tensions, les noeuds, les failles d’un texte comme aurait pu le dire Gilles Deleuze.
Joseph Svoboda, célèbre ingénieur scénographe parlait lui d’espaces psycho-plastiques, c’est à dire des espaces qui induisent une relation, une émotion indépendement du texte.
Depuis quelques années, nous pouvons constater un phénomène croissant de l’emploi de ce mot, souvent à tort.
Sans doute parce qu’il est brillant, séduisant, parce que si complet, et à la croisée de tous les arts, simplement "La" scénographie est une toute autre histoire, sensible, qui oeuvre d’une autre manière que la décoration, l’architecture intérieure, l’agencement, le design d’espace, etc... et qui pourtant sont autant de domaines qui traitent l’Espace.
La scénographie n’est pas une histoire d’espace, mais de Lieu.
Une scénographie, un Lieu ne se résume pas seulement à une affaire esthétique, à une histoire du beau, mais d’un lieu sensible où des relations vont pouvoir naître, des questions vont pouvoir se poser, se déposer, s’entre-poser, être mise en lumière, et peut être trouver une réponse ou des réponses...
Ici se trouve la singularité de la Scénographie et sa richesse.
Le sens engendre la forme, et vice versa sous la forme d’une expérience vécue entre et entre...
Un lieu aux résonances multiples. Car il s’agit de cela créer des caisses de résonances, au sens premier du terme, pour pouvoir passer de la musicalité du lieu au mystère du théâtre, du plus concret au plus asbrait comme une sorte de métaphore ouverte
C’est un lieu qui va définir la place des uns et des autres. De quel lieu parle t-on ? A quelle fin ? De quelle place ? Pour qui ? Pourquoi ? D’un lieu où la question juste sera posée. Justement posée...Nous passerons ainsi du lieu cultuel au lieu culturel.
La scénographie est une forme d’écriture dans l’espace, avec ses ponctuations, ses silences, ses retenues…Ses espaces en creux, ses espaces en plein...
Cela, seule la discipline du Théâtre nous l’enseigne.
Fort de cette base, ce processus peut se décliner au Lieu de l’exposition, du Cinéma, de la Danse, de l’Architecture, et du Paysage, sans pour autant aboutir sur un espace "dit" théâtral, mais bien sur un lieu où des relations sont en jeu.
Remplaçons un instant, le texte de théâtre, par un programme d’exposition, un scénario de cinéma, des notes chorégraphiques, un programme architectural ou paysager, et nous verrons ainsi ce qui est en jeux !
C’est en tous cas, ce que je m’applique à essayer de développer dans cette démarche artistique.
Les affaires de techniques et d’esthétiques, ont également leur importance, mais ne doivent pas être prépondérantes, elles sont autant d’éléments, de moyens, d’aller-retour qui doivent permettre les résonances, et non une fin en soi...
Ainsi nous serions du côté de l’Écho et non de l’Égo, ce dernier nous amenant à une perte dans l’unique Image, et non dans les résonances, dans l’ouverture des sens, de nos sens que procure l’écho.
Le théâtre enseigne l’écho, car il est un art collectif, déplaçons le encore une fois à d’autres disciplines, et nous trouverons certainement d’autres résonances de sens...
Platon, nous rappelerait :" ...qu’il faut se méfier des images tant elles ne sont que les fantômes des choses...".
Car au bout de chaque projet, quel qu’il soit, c’est le lieu Juste qui compte, et non l’espace exact !
Quel lieu pour quel public ? Quelle scène pour quel enjeu théâtral, cinématographique, d’exposition, architectural…
Cette discipline serait ainsi Politique avec la plus belle des majuscules, c’est en tous cas ce qui me plaît à croire.
Et ainsi...prétextes (avant le texte), textes (présent dans le texte), sous textes (ce qui se joue pendant), et contextes (autour du texte), constituent la base ma palette, soit autant de variations, de résonances avec lesquelles je compose...
Raymond Sarti